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J’ai eu la chance de grandir dans une famille aimante où nous n’avons jamais manqué de rien. Fille unique pendant 6 ans, je réclamais comme la plupart des enfants de mon âge, une petite soeur. Quelques caprices et voilà qu’à mes 7 ans, Arthur Elie, mon petit frère vient agrandir la famille.

Avec Arthur, nous avons un grand écart d’âge. Alors forcément au départ, on n’a pas vraiment réussi à s’entendre tout de suite. Nos jeux n’étaient pas les mêmes et en tant que grande soeur, le minot voulait tout copier sur moi. Et oui, EN PLUS !!! Il fallait que je l’emmène en sortie avec moi !

On grandit, je prends mon appartement, je me marie et je choisis naturellement mon frère comme témoin. En 2016, Je donne naissance à ma fille. De là ne né pas seulement mon nouveau statut de maman, mais également la naissance d’un tonton et d’une fusion incroyable entre ma fille et mon frère … On les surnommera très rapidement Tom & Jerry.


Mon frère a longtemps été mal dans sa peau. Il se cherchait beaucoup et n’était pas vraiment ce qu’on pourrait appeler un étudiant modèle. L’histoire raconte même qu’il aurait eu 2 au bac de français ….. (Mais je préfère dire que ce n’est qu’une légende, de peur qu’il ne me foudroie sur place !)

Pendant ces années d’études, il a fait de magnifiques rencontres. Des amitiés fortes, qui au fil du temps se consolidaient. Ils passaient des journées entières dans le jardin de nos parents. Forcément, comme nous étions la majorité du temps chez papa et maman (oui même à 30 ans), nous les avons rencontrés aussi. Et vous savez quoi ? On adorait passer nos soirées avec eux. On retrouvait en quelque sorte notre jeunesse un peu perdu.

Il y a trois ou quatre ans, une “opportunité” s’est présentée pour Arthur: déménager à Arcachon. La séparation a été difficile et encore plus pour ma mère. Nous avions pris l’habitude de nous voir presque tous les week-ends, de passer tous nos événements ensembles. C’était décidé, il partait là bas. On peut dire qu’il s’y plaisait, il sortait tout le temps, profitait de la vie et connaissait par cœur la tournée des bars (L’alcool est a consommé avec modération bien entendu). Malgré la distance, Arthur respectait notre famille et ses « engagements » auprès d’elle. Toutes les occasions étaient bonnes pour se retrouver : Anniversaires, vacances, Noël ou simplement des weekends chill en famille.

Mon frère était devenu un homme. Même si nous avions encore quelques petites divergences, dû à notre différence d’âge (7 ans), nous avions les mêmes valeurs et l’amour de notre famille. On venait enfin de vraiment se trouver. On partageait quelques unes de nos soirées, des réels instagram d’humour et surtout, il était un tonton génial. À 30 ans, j’avais l’impression que ma vie était déjà écrite. J’avais accompli beaucoup de choses : créée ma boîte, me marier, eu notre première fille, fait de beaux voyages, construit une famille soudée et aimante. Je me sentais invincible, protégée par ma bonne étoile. Pour moi, le malheur n’arrivait qu’aux autres…

Le 16 mars 2022, je décide d’aller me coucher avec ma fille. Papa étant au foot chaque mercredi, nous avions établit un deal avec notre chouquette. Elle avait le droit de s’endormir dans notre lit jusqu’au retour de papa. Au moment de me coucher, je mets en charge mon téléphone. L’adaptateur se désolidarise de la prise et se retrouve dans mes mains m’infligeant un intense coup d’électricité. Une douleur forte m’a parcouru le corps. Il était 22h30 …

Vers deux heures du matin, ma fille et moi avons été réveillées par les hurlements de mon mari qui venait de rentrer. Paniquée, j’ai instinctivement saisi mon téléphone : dix appels manqués de ma mère s’affichaient à l’écran. Mon mari a fait irruption dans la chambre, bouleversé, en larmes, et m’a demandé de m’asseoir. Il venait d’avoir ma mère au téléphone… Je n’ose imaginer ce qu’il a ressenti au plus profond de lui lorsqu’il a dû me dire que mon petit frère Arthur, âgé de seulement 23 ans, avait perdu la vie dans un accident de la route ce mercredi soir, à 22h30.

Entre le réveil brutal et l’annonce, il y a eu quelques secondes où je ne savais plus si je dormais ou si j’étais plongée dans un cauchemar bien réel. J’ai aussitôt appelé ma maman et, au son de sa voix brisée par les sanglots, la réalité m’a rattrapée : ma vie venait de basculer.

Le temps s’est figé, et pourtant, il fallait prendre des décisions dans l’urgence. Fallait-il partir pour Arcachon immédiatement ou attendre le matin ? Que faire de ma fille qui criait le nom de son tonton ? Devais-je l’emmener avec nous, ou la laisser derrière, comme un paquet, avec pour seules images celles de l’annonce de cette tragédie ?

Je ne sais pas si c’est le cerveau qui, par instinct de survie, enclenche un mode de protection, mais à cet instant je suis devenue un robot. J’ai enchaîné mécaniquement les gestes, préparant une valise à la hâte — surtout pour ma fille, que nous avions finalement décidé d’emmener avec nous.

Vers trois heures du matin, nous prenons la route pour aller chez mes parents. C’est à ce moment-là que mon esprit lâche prise et que je réalise pleinement. Je m’effondre. J’appréhende terriblement l’arrivée chez eux, j’ai peur d’affronter la réalité, peur de croiser leur regard. Je ne cessais de répéter en boucle : « Je n’ai pas le courage… je n’y arriverai pas. »

Ces images resteront gravées à jamais : mes parents anéantis, brisés ; ma mère allongée, habillée, sur le lit ; mon père qui me serre dans ses bras, le regard vide…

À 3h45, nous reprenons la route, cette fois vers Arcachon. Dans la voiture, je commence à prévenir la famille et nos amis les plus proches. Pendant ce trajet, une certitude me transperce : ma vie vient de basculer pour toujours. Je ne marierai jamais mon frère, je ne serai jamais tata de sang, et je devrai un jour affronter seule la perte de mes parents, quand leur tour viendra.

Plus le GPS nous rapprochait du funérarium, plus je sentais mes forces m’abandonner. J’allais devoir me rendre à l’évidence : affronter la réalité.

L’attente dans le salon du funérarium fut interminable. Tant que je n’avais pas vu mon frère, une partie de moi refusait d’y croire. Pourtant, je savais qu’au moment de franchir la porte de cette « chambre », notre vie basculerait officiellement. La vérité serait sous nos yeux, indéniable, impossible à fuir.

Les images de cette découverte resteront gravées en moi à jamais. Mon petit frère… là, sur cette table, froid. Les marques de l’accident étaient encore visibles sur sa peau, sur son visage. Et pourtant, il semblait étrangement apaisé, presque serein, avec ce léger sourire aux lèvres. Même à cet instant insoutenable, il était beau, mon petit frère.

Très vite, il a fallu prendre des décisions : « Comment le rapatrier ? Quels risques ? Comment l’habiller ? Incinération ou inhumation ? » Tant de questions auxquelles on ne devrait jamais être confrontés à 23 ans. Qu’aurait-il voulu ? Faisions-nous les bons choix pour lui ? Tout cela devait être décidé en à peine vingt-quatre heures.

Je tiens d’ailleurs à remercier les pompes funèbres de La Teste-de-Buch, qui ont su nous accompagner avec humanité et nous guider dans ces choix si lourds.

Mon frère avait 23 ans; il avait toute la vie devant lui. Une personne qui se disait « son ami » lui a ôté la vie — incapable de maîtriser son alcool et sa vitesse dans un rond-point. Une négligence qui a anéanti notre famille.

Depuis ce 16 mars 2022, il a fallu apprendre à vivre sans Arthur. Cela a impliqué des séances chez des psychologues, des psychiatres, des neurologues, des médiums, et bien d’autres encore. Cela a aussi signifié s’empoisonner le foie avec je ne sais combien d’antidépresseurs. Dans notre malheur, nous avons eu la chance d’être entourés d’un immense amour.

Pourtant, nous nous sommes sentis livrés à nous-mêmes : pas d’accompagnement clair, pas d’aide concrète, aucun site auquel se référer. Quand on traverse ce type de drame, il n’y a personne pour nous orienter ou nous guider — les informations pour essayer de s’en sortir, il faut aller les chercher seul.

Encore faut-il être capable, psychologiquement, d’en avoir la force.

Mon objectif aujourd’hui est de continuer à faire vivre mon frère à travers ce site, mes hommages et mes actions. Avec Le jour d’après, je souhaite apporter du soutien à d’autres frères et sœurs qui, comme moi, traversent la douleur et cherchent un repère, une main tendue, ou simplement des informations pour avancer. Peut-être trouveront-ils ici des réponses à leurs questions… Et si je parviens à aider ne serait-ce qu’une seule personne, alors j’aurai gagné mon pari.