Les douleurs du corps et de l’esprit

Cet article pourrait avoir comme citation ou titre, « Quand le deuil se grave dans le corps« 

La perte d’un être cher bouleverse tout. On sait qu’elle fracture le cœur et l’esprit, mais on parle moins des cicatrices qu’elle laisse dans le corps.

L’année du décès de mon frère, ma tête s’est mise en mode sécurité. Comme anesthésiée, elle a trouvé le moyen de tenir debout malgré l’effondrement intérieur. J’ai traversé les jours dans une sorte d’autopilotage, comme si mon esprit s’était protégé en coupant certaines émotions pour survivre. Étant auto entrepreneur, il me fallait de toute manière reprendre le travail et faire rentrer l’argent. Cruel est le monde de l’entreprenariat. À cette période, je n’ai pas jugé utile de voir des professionnels.

Mais l’année suivante, ce barrage a cédé. Mon corps et ma tête m’ont complètement lâché. La douleur est devenue physique, insoutenable. Même la morphine ne faisait plus effet. J’avais mal aux bras, à la nuque, au dos : une douleur sourde et constante, comme si je portais tout le poids de cette absence sur mes épaules. Des amis dans le milieu médical me faisaient des perfusions de morphine, je me suis retrouvée plusieurs fois avec des minerves, je prenais des médicaments très forts au point de me faire dormir sans pour autant, aucun effet pour me soulager.

J’ai fini par me résigner, il fallait consulter. Le corps est une belle machine, elle parle et il faut savoir l’écouter. J’ai d’abord consulté un neurologue, qui m’a confirmé ce que je pressentais : mes douleurs n’étaient pas « imaginaires ». Elles étaient bien réelles, mais leur origine venait de ma tête, de ce deuil trop lourd, transformé par mon corps que je n’écoutais pas en douleurs physiques. Un traitement de fond m’a été prescrit avec une demande de suivi par un psychologue. Il fallait mettre des mots sur ce chaos intérieur.

Ce chemin de compréhension n’a pas fait disparaître la douleur du manque, mais il m’a permis d’accepter que je n’étais pas « faible » ou « malade sans raison ». J’étais en train de traverser une épreuve humaine et profonde : le deuil, qui avait trouvé son langage à travers mon corps. Celui-ci parle quand la peine est trop forte pour être contenue. Chaque tension, chaque brûlure, chaque fatigue était le reflet de mon chagrin. J’ai pensé que j’étais capable de tenir seule, comme une guerrière, mais la réalité m’a rattrapé et il fallait que je m’écoute.

Aujourd’hui, je sais que demander de l’aide est essentiel. Psychologues, médecins, proches : personne ne peut porter seul un tel fardeau. Vous n’êtes pas faible, au contraire, vous commencez votre processus de guerrier. Accepter ce soutien, c’est déjà commencer à déposer un peu de ce poids invisible. Votre peine ne partira pas, mais vous apprendrez à vivre, vous reconstruire avec l’absence.

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